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Texte historique de monsieur Louis Cousineau

 LA BATAILLE DE SAINT-CHARLES 

1837 

En cette année 1837, les allégeances politiques de bon nombre d’habitants sont de plus en plus évidentes. « Voir quelqu’un vêtu d’étoffe du pays, c’est presque, à la vérité, voir un patriote », écrit l’historien. 

D’autres ne craignent pas de brandir le tricolore. Devant la popularité du drapeau patriote et sa symbolique révolutionnaire, le Montreal Herald du 20 octobre 1837 recommande de le détruire.   

Les 23 et 24 octobre, 6000 patriotes réunis à Saint-Charles, fondent la Confédération des Six-Comtés et jettent les bases d’une constitution d’un Bas-Canada indépendant. Le 23 octobre, 6000 patriotes réunis à Saint-Charles, assistent à l’assemblée de la Confédération des Six-Comtés (Richelieu, St-Hyacinthe, Rouville, Chambly, Verchères et L’Acadie) sous la présidence de Wolfred Nelson. Les buts de l’assemblée entre autres sont : le rejet des résolutions Russell et une affirmation des droits des Canadiens. 

Près de l’estrade, s’élève une colonne surmontée du « bonnet de la liberté » qu’on peut trouver sur l’actuel Chemin des patriotes. On y trouve aussi l’inscription « À Papineau, ses compatriotes reconnaissants, 1837 ». 

Le 23 novembre, à Saint-Denis, l’armée anglaise affronte les patriotes et après trois heures de combat, elle recule devant la résistance de ces derniers.                                                                                         .

L’activité est moins grande la même nuit, dans la maison d’André-Augustin Papineau (frère de Louis-Joseph), à Saint-Hyacinthe. Vers vingt-deux heures, Papineau et son bras droit, Edmund Baily O’Callaghan (député du Parti Patriote dans le comté de Yamaska) sont arrivés de la façon la plus discrète. Le chef des patriotes ignore toujours que les patriotes viennent de remporter leur unique victoire… 

À Montréal, le matin du 24 novembre, dame Rumeur règne en maître. On sait qu’il y a eu affrontement entre les troupes de Sa Majesté et les patriotes mais on ne connaît pas encore l’ampleur de l’engagement. Ce n’est que vers quatorze heures que les nouvelles se précisent et le Commandant en chef des armées anglaises, Sir John Colborne, croit que l’insurrection générale vient de commencer. Il organise avec 2 000 hommes des opérations contre les villages patriotes de Saint-Charles, Saint-Denis et St-Eustache. 

Le samedi 25 novembre à dix heures, l’armée anglaise composée de quatre compagnies des Royaux, une compagnie du 66e, un détachement d’artillerie avec deux pièces de campagne et 12 cavaliers, se met en marche vers Saint-Charles. De leur côté, les patriotes sont armés de fusils, de faux, de piques, de bâtons et de deux vieux canons rouillés. 

Ce matin-là, le curé de la paroisse, Augustin-Magloire Blanchet, vient mettre les patriotes sous la protection de la Sainte-Vierge. Il leur fait réciter cinq Pater et cinq Ave, puis l’acte de contrition. Le camp des « Capots-Gris » est installé dans le manoir seigneurial Debartzch (Pierre-Dominique fait scission avec Papineau au moment des 92 résolutions et fuit son manoir menacé qui est pris par les rebelles). Lorsque le colonel Wetherall arrive en vue du village pour ensuite donner ordre à ses hommes de se déployer devant le camp des patriotes il y avait une centaine d’hommes, de femmes et d’enfants qui couraient à travers champ. Au camp, se trouvent environ soixante-dix patriotes résolus comme de vieux guerriers. Une centaine d’autres étaient cantonnés dans le village. 

Durant le combat, un boulet défonce le toit de l’église. Une fois la bataille finie, les soldats s’y engouffrent avec leurs chevaux, y traînent 35 prisonniers, allument un grand feu dans l’allée, défoncent le tabernacle et répandent les hosties sur le plancher. Attachés deux par deux, les prisonniers doivent passer la nuit, à genoux, à la sacristie. 

Le nombre de morts et de blessés varient selon les témoignages alors que l’engagement dure environ une heure. Les soldats anglais incendient tous les bâtiments d’où l’on fait feu. On dit que l’armée anglaise compte 3 morts et 18 soldats blessés. Chez les Canadiens, c’est le carnage. Plusieurs personnes sont tuées dans les maisons et leurs corps brûlés. Les blessés se chiffrent à au moins 300. D’ailleurs, en représailles, Saint-Charles est incendié tout comme entre autres, St-Eustache, La Prairie, Saint-Benoit, Napierville, Saint-Scholastique et Saint-Hermas. C’est pour cette raison qu’on surnomme Colborne « le vieux brûlot » et « Lord Satan ».   

 

LES PATRIOTES MORTS À SAINT-CHARLES

 

Le plus jeune des patriotes n’avait que dix-sept ans et le plus âgé, cinquante-cinq ans.

 

INHUMÉS À LA PAROISSE DE SAINT-CHARLES

Joseph Boulay, Henri Chaume, Pierre Émery dit Codaire, Joseph Fénix dit Dauphinais, Louis Fénix dit Dauphinais, Joseph Raphael Godhue, Gabriel Gosselin, Gabriel Hamiel dit Lusignan, Isaac Fontaine dit Pion, Amable Hébert, Jean-Baptiste Hébert, Moyse Lemoine, Pierre-Olivier Lescaut, André Lévesque, Toussaint Loiselle, François Mingot dit Duhaime, Xavier Pariseau, Joseph Provost, Abraham Rémi dit Bellefleur, Joseph Comeau, Jean-Baptiste Poulin, François Ménard et François Hamel et Félix Hamel.

 

INHUMÉS À LA PAROISSE DE SAINT-MARC DE COURNOYER 

Marc Jeannotte, Paschal Delisle, François Dubuc et Hyppolite Sénécal    

INHUMÉS À LA PAROISSE DE SAINT-MATHIEU-DE-BELOEIL 

Louis St-Jean dit Catudal, Pierre Lambert dit Hébert, Louis Lévesque et Étienne Guertin. 

Deux cadavres sont découverts six mois plus tard sous les décombres d’une maison incendiée à Saint-Charles et sont inhumés le 20 mai 1838 soient Toussaint Paquette dit Lavallée et Louis-Moyse Dalpé dit Pariseau.

 

1838 

Malgré que des centaines de patriotes prisonniers à Montréal et qu’autant d’autres cherchent refuge aux États-Unis songent à reprendre le combat, un vent de loyalisme souffle sur le Bas-Canada. D’autre part, les représentants de la reine demandent de prêter un serment d’allégeance. Il est entendu que ceux qui refuseront ou qui voudront empêcher les autres de le faire seront passibles d’emprisonnement. 

Les autorités religieuses viennent encore une fois prêter main-forte au pouvoir civil en rappelant aux catholiques leurs devoirs envers le gouvernement. Pour l’évêque Lartigue (cousin de Louis-Joseph Papineau), ce sont les chefs patriotes qui sont responsables du pillage et des incendies et non les volontaires et les soldats. 

Les arrestations se multiplient dans la région de Montréal. Les patriotes sont incarcérés dans la nouvelle prison au Pied-du-Courant. Plusieurs anglophones réclament des pendaisons.  

Une nouvelle insurrection est discutée et Robert Nelson (frère de Wolfred) fait partie du groupe des radicaux qui désirent la mise sur pied d'un gouvernement provisoire et lancer une attaque armée immédiate. D'autres patriotes, dont Louis-Joseph Papineau, s'opposent à une action précipitée mais ce sont les radicaux qui l'emportent. Nelson est élu général de l'armée et président de la future république. Un deuxième soulèvement a lieu le 28 février 1838. Ce fut un échec. 

En mars, la reine Victoria nomme officiellement lord Durham gouverneur en chef du Haut et du Bas-Canada. En janvier 1839, il publie son fameux rapport. La politique d’assimilation et d’anglicisation prônée par celui-ci trouve son aboutissement par la proclamation d’une nouvelle constitution fusionnant le Haut et le Bas-Canada sous le nom de la Province du Canada.

 

Louis Cousineau

 

NOTES SUPPLÉMENTAIRES ET SOURCES

 

LES DOUZE PATRIOTES PENDUS 

Joseph-Narcisse Cardinal (notaire-St-Constant), Joseph Duquette (étudiant en loi-Châteauguay), Pierre-Théophile Decoigne (notaire-St-Philippe-de-Laprairie), François-Xavier Hamelin (cultivateur-St-Philippe), Joseph-Marie Robert (cultivateur-St-Philippe),Christophe-Ambroise Sanguinet (cultivateur-Laprairie), Charles-Amable Sanguinet (cultivateur-Laprairie), Amable Daunais (cultivateur-L’Acadie), François-Marie-Thomas Chevalier De Lorimier) (notaire-St-Cuthbert), Charles Hindelang (militaire français-Paris), Pierre-Rémi Narbonne (peintre et huissier-Boucherville) et François Nicolas (instituteur-Québec).

 

LE DRAPEAU PATRIOTE 

Le choix du drapeau

Lors de la formation des comités régionaux de patriotes en 1832, les membres se choisissent un drapeau arborant trois bandes horizontales aux couleurs verte, blanche et rouge. En 1834, Ludger Duvernay fonde la société Saint-Jean Baptiste de Montréal et les membres fondateurs choisissent le même tricolore à bandes horizontales comme drapeau officiel. Il en est de même lors de la fondation de la société Saint-Jean-Baptiste de Québec en 1842.

Lors des assemblées politiques du Parti Patriote, le tricolore vert, blanc et rouge est omniprésent et il est considéré comme le drapeau officiel de la rébellion durant les années 1837-1838. Il est déployé lors de tous les combats et est témoin de la victoire de Saint-Denis et des défaites de Saint-Charles et de Saint-Eustache.

Lors de la proclamation de la République du Bas-Canada en 1838, Robert Nelson l’arbore toujours.

 

Sa signification

Il existe quelques hypothèses sur la signification du drapeau des Patriotes. La plus plausible est celle voulant qu'à l'origine le drapeau de la Nouvelle-France arbore les couleurs de la France, le tricolore français, les bandes étant plutôt disposées à l'horizontale. Puis, on aurait changé le bleu pour le vert, afin qu'il soit plus représentatif de la population, alors que plusieurs Irlandais s'étaient installés au pays. Le blanc fait référence à la pureté de la cause des Canadiens et le rouge aux Britanniques. L’horizontalité des trois bandes représente l’égalité entre les peuples, une idéologie véhiculée par le Parti Patriote et son chef, Louis-Joseph Papineau.

 

SOURCES